Renforcement de la prise en charge décentralisée des enfants vivant avec le VIH au Sénégal
L’accompagnement, c’est l’ensemble des dispositifs médicaux, éducatifs, psychosociaux mis en œuvre pour donner au patient atteint de maladie chronique l’autonomie, la capacité de se prendre en charge, et d’être plus observant.
L’accompagnement du patient est essentiel dans la PEC de l’infection à VIH en pédiatrie ; de sa qualité dépend pour une large part le succès thérapeutique.
L’accompagnement est la clé du succès thérapeutique pour différentes raisons :
Les difficultés de l’accompagnement sont :
L’accompagnement comporte plusieurs composantes :
Dans ce module, l’accent sera mis sur l’ETP et l’annonce du statut VIH
L’éducation thérapeutique est une démarche visant l’apprentissage du patient (et de son entourage) lui permettant d’acquérir des compétences, pour se soigner, s’adapter à sa maladie, vivre le mieux possible avec sa maladie et son traitement et coopérer avec les soignants.
Son objectif est d’amener l’enfant à être capable de se soigner seul. L’ETP, ce n’est pas seulement l’apprentissage des médicaments !
Dans la petite enfance, l’ETP s’adresse aux parents/ tuteurs parce que le petit enfant est dépendant ; les soignants devront donner aux parents toutes les explications nécessaires à un bon accompagnement de l’enfant.
Après l’âge de 7 ans, l’enfant est capable de comprendre des notions simples ; les soignants doivent donc les impliquer dans la compréhension de leur maladie et soins ; c’est ce qui est appelé éducation thérapeutique. Cette démarche d’autonomisation débute donc dès la grande enfance, elle va nécessiter plusieurs séances d’apprentissage.
Les séances peuvent être individuelles (entretien en tête à tête), ou collectives sans dépasser 05 participants pour s’assurer que tous les enfants présents dans le groupe participent et suivent.
Les séances d’ETP sont répétées au cours du suivi, autant de fois que nécessaire pour que l’enfant acquière les compétences pour :
L’ETP nécessite plusieurs séances :
Plusieurs séances sont nécessaires : individuelles et/ou collectives (petits groupes de 5 enfants)
Les connaissances de chaque étape doivent être évaluées en fin de chaque séance et lors du prochain contact avant de passer à l’étape suivante.
Ne passer à l’étape suivante que lorsque la précédente est acquise +++
Le soignant, par une série de questions, apprend à connaitre l’enfant et commence à tisser des liens.
C’est une étape qui est nécessairement individuelle, elle se passe en tête à tête, en présence du parent ou pas, mais on veille à laisser l’enfant répondre.
Cette étape permet d’établir un contact avec l’enfant ; par une série de questions :
Quelles sont ses autres activités ? (sport, centres d’intérêt…)
On le fait participer à sa PEC, puisque c’est à lui que l’on s’adresse, on le traite en personne autonome.
Cette étape permet également de détecter des enfants présentant des difficultés (troubles de l’audition, déficit cognitif et problèmes sociaux qui pourront impacter négativement l’apprentissage) ; l’enfant présentant des troubles cognitifs ou d’audition ne pourra pas participer à des séances collectives, il devra bénéficier d’un nombre de séances plus important et individuelles.
Cette étape sera renforcée à chaque contact, ces questions permettront de savoir le cas échéant, les changements de répondant (décès de parent ou désengagement d’un répondant), d’adresse.
Une bonne connaissance de l’enfant permet d’anticiper sur certaines difficultés au cours du suivi notamment « les perdus de vue ».
Elle permet de revenir sur la 1ère étape, de montrer que l’on a retenu et que l’on se rappelle qui il est, ses centres d’intérêt… ; On l’apostrophe par son nom, on lui demande des nouvelles de sa fratrie, de sa scolarité …
Il faut créer un lien qui est à consolider lors des contacts futurs.
Durant cette étape les entretiens peuvent se faire en groupe ou individuellement lors desquels il faudra :
Toujours faire citer le VIH afin de déconstruire les images négatives associées à cette maladie :
A la fin de la séance, demander : à ton avis, tu as une maladie aiguë ou une maladie chronique?
Tu as une maladie chronique
Il faudra toujours faire citer le VIH, déconstruire les images négatives associées à cette maladie.
L’enfant doit comprendre et dire qu’il a une maladie chronique. Évaluation de la 2ème étape
Il s’agira de :
On ne passe à l’étape suivante que si cette connaissance est acquise !!!
Cette étape peut être faite avec un groupe d’enfants, en séance collective donc et lors de cette étape, le soignant va demander aux enfants :
Le soignant écoute et note les réponses qui permettent de distinguer les enfants scolarisés qui ont des notions et passeront plus vite sur cette étape ; et les autres qui auront besoin de plus de temps et des supports images.
Le soignant explique en s’aidant des images que :
– « les microbes sont de petites cellules invisibles qui donnent des maladies » ; ces microbes on les attrape à partir des mains sales, de l’environnement, des insectes (mouches)…

Figure 27
Le soignant explique en s’aidant des images « dans le sang se trouvent des soldats (globules blancs) qui se battent pour éliminer

Figure 28
les microbes qui entrent dans le corps ; les soldats nous protègent des maladies ». Certains de ces soldats sont appelés les CD4, que les soignants mesurent de temps en temps. Ces soldats vont se battre avec les microbes pour les éliminer, mais parfois les microbes sont plus forts et les soldats ne peuvent pas les éliminer et on tombe malade.
Le soignant explique toujours en s’aidant des images.

Figure 29

Figure 30
Quand les soldats gagnent, on peut reprendre ses activités (football, école…)
Les soldats ont parfois besoin d’être renforcés par des médicaments pour gagner contre les microbes.

Figure 31
Expliquer à l’enfant qu’il a un microbe dans le sang, que ses soldats se battent mais qu’il faudra les aider en prenant ses médicaments.
Figure 32
Lors de l’évaluation des connaissances acquises après la séance, le soignant rappelle les points-clés à expliquer à l’enfant :
Ne passer à l’étape suivante que si celle-ci est acquise !!!
Le soignant montre l’image Quand on est malade, qu’est- ce qu’on fait? « Il faut aller chez le médecin et prendre ses médicaments ».
Cette étape peut être faite avec un groupe d’enfants, en séance collective donc.
Chaque groupe répond à ces questions : o Comment agissent les médicaments ?

Figure 33
Le soignant doit expliquer ces points-clés aux enfants (en utilisant les images)
Il insiste sur l’importance de l’observance du traitement pour obtenir ces résultats ; les médicaments n’agissent bien que s’ils sont pris comme ils sont prescrits (prises quotidiennes, respect des horaires et des posologies).

Figure 34
Il explique les arguments suivants :

Figure 35

Figure 36

Figure 37
Le soignant doit dire aux enfants qu’il peut surveiller la prise des médicaments en mesurant le nombre de virus dans le sang = la charge virale ; elle est mesurée 1 ou 2 fois par an. C’est pourquoi, on leur prélève du sang.
Il faut expliquer à l’enfant la possibilité de présenter des effets secondaires en début de traitement ; les rassurer en leur disant que généralement ils ne sont pas graves et ne durent pas longtemps ;
« En prenant ton traitement, il arrive parfois que tu te sentes mal ; c’est ce qu’on appelle effets secondaires (nausées, vomissements, diarrhée) qui apparaissent en début de traitement généralement, sont transitoires et sans gravité souvent »

Figure 38
Vérifier que l’enfant a retenu les points suivants :
L’Adolescence est une période sensible car c’est le moment de la transformation du corps à la puberté, du mal être devant le corps qui se transforme.
C’est l’âge du refus des contraintes, des interdits, c’est l’âge des prises de risques, des substances addictives (tabac, drogues), des sorties en bandes, du besoin de faire comme les autres, s’habiller, se coiffer, vivre comme les autres.
Une période encore plus sensible chez l’adolescent VIH + et les contraintes induites par l’infection (horaires de prise des médicaments, la régularité des rendez-vous médicaux) s’accommodent mal du goût du risque, du refus de respecter les contraintes chez l’adolescent ; ceci explique les abandons de traitement, l’inobservance et donc les échecs de traitement plus importants dans cet âge de la vie. Des questionnements peuvent alors survenir.
Il peut être nécessaire de rapprocher l’accompagnement chez certains adolescents en difficulté.
S’il s’agit d’un enfant suivi qui arrive à l’adolescence, l’autonomie et la maturité sont acquises si l’ETP a été bien conduite jusqu’ici :
Et le désir d’être informé, est une question naturelle chez un adolescent mature dès 10- 12 ans : il se demande quelle maladie il a ? et il est en attente d’être informé souvent ou parfois il a compris déjà.
L’annonce est l’aboutissement de cet apprentissage et il est facilité par les étapes précédentes : Il s’agit de nommer le microbe dont il est question depuis le début de l’ETP.
L’annonce : Préparation du parent/tuteur :
Cette étape est obligatoire, il s’agit de population mineure, pour laquelle l’accord des parents est indispensable.
L’annonce doit être présentée comme « une suite naturelle de l’ETP menée jusqu’ici en leur présence, que l’étape suivante est de nommer le microbe, donc le VIH ».
Cette étape n’est abordée qu’après l’accord des parents et consiste en :
Cela se passe en séance individuelle, en présence des parents s’ils le souhaitent.
Après avoir évalué les connaissances sur sa maladie, poser la question : « Tu veux savoir ce que tu as ? »
« Tu as une maladie chronique causée par un microbe, le VIH ; revenir aussitôt sur la différence entre l’infection avec laquelle on peut vivre normalement si on se soigne bien et le stade sida.
« Tu peux vivre avec, si tu te soignes bien » insister sur l’observance du traitement. Surveiller et prendre en charge les réactions : tristesse, pleurs, sidération… Réconforter l’adolescent, tenir un discours positif, parler d’avenir.
Mettre en contact avec des pairs informés, et surtout en bonne santé++ .
Accompagnement des enfants: après l’annonce, comment vivre avec le virus ?
Montrer et commenter les images avec l’adolescent pour revenir sur des notions acquises :

Figure 39

Figure 40
L’accompagnement des adolescents doit prendre en compte d’autres besoins comme :
Il faut les rassurer sur la sexualité possible mais protégée, la parentalité future.
Evaluation de la 5ème étape, annonce
Le fait qu’il nomme sa maladie est un signe d’acceptation ; l’adolescent qui ne se souvient pas ou a oublié le nom de son microbe, est souvent en déni, il doit bénéficier d’un accompagnement rapproché (écoute).
L’accompagnement est la clef de voûte dans la prise en charge de toute maladie chronique car il permet de prévenir l’usure et l’abandon du traitement.
Il est basé sur un travail d’équipe, multidisciplinaire, qui requiert des échanges entre équipes sociales et médicales d’où l’importance des comités médico-thérapeutiques.
Plusieurs séances d’ETP sont nécessaires en fonction des capacités et de la maturité de l’enfant, tout au long du suivi de l’enfant.
L’ETP prépare à l’annonce vers l’âge de 12 ans.